L’IA me conseille des phrases courtes.
L’algorithme préconise des vidéos sur Insta ou TikTok.
La tendance me suggère de montrer mon visage.
Les spécialistes disent qu’il faut se nicher…
Guess what?
J’y crois, à tous ces conseils.
Mais c’est précisément à force de vouloir les suivre que je me suis empêchée de faire ce qui m’attirait ces dernières années.
À force de vouloir bien faire, j’ai surtout fini par ne plus faire du tout.
C’est comme essayer de faire rentrer une étoile dans un carré. Ça coince, ça force, et à la fin, ça ne ressemble plus à grand-chose.
Aujourd’hui ?
J’ai envie d’écrire, de manière ferme et convaincue: « C’est fini. »
Et en même temps, je sais que ce n’est pas aussi simple.
Alors je vais tenter autre chose.
D’être vraie, et honnête, avec moi et avec vous…
Alors aujourd’hui, j’essaie…

Mon problème depuis le début est d’avoir voulu que tout soit propre, cohérent, lisible, esthétique, poétique, travaillé. Parfait.
Alors que dans ma tête, ça ne l’est pas.
Ça va vite, dans tous les sens.
Ça fait des liens, ça bifurque, ça revient, ça repart.
Et j’ai longtemps cru qu’il fallait ralentir ça pour que ça ait de la valeur.
Aujourd’hui, je réalise que c’est justement là que sont ma valeur, ma singularité et ma personnalité.
Dans cette vitesse, cette urgence.
Dans cette impression qu’il faut dire les choses là, maintenant, au risque de les voir repartir, se diluer, disparaître comme toutes les autres avant.
Je ne pense pas être la seule à ressentir ça.
Ça ne me dérange pas si on respire peu, si on a l’impression d’aller vite.
Je pense même qu’il faut ressentir cette urgence, cette prise de conscience.
Elle peut, elle doit déranger, pour qu’on se sente concernés.
Mon esprit, mes pensées et mes envies sont comme les branches d’un arbre.
Elles sont toutes reliées, elles ont une logique, mais on ne peut pas toujours s’y rattraper.
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J’ai une appli sur mon téléphone qui m’envoie une citation toutes les heures.
Évidemment, elles tombent toujours “au bon moment”.
Motivation, santé mentale, discipline, estime de soi, accomplissement…
Rien de très original finalement… On cherche tous un peu la même chose.
Il y a quelques semaines, il y en a une qui m’a particulièrement interpellée.
Ironiquement, et par réflexe de scroll abusif, je l’ai supprimée presque simultanément à la lecture, avant de regretter instantanément de ne pas l’avoir enregistrée.
Elle m’est restée en tête plusieurs jours, alors je l’ai recherchée, et j’ai découvert que son origine était plus poétique et complète:
« Dans vingt ans, tu seras plus déçu par les choses que tu n’auras pas faites que par celles que tu auras faites. Alors largue les amarres, sors du port, attrape les alizés dans tes voiles. Explore. Rêve. Découvre. »
– Mark Twain
Je vais avoir 37 ans.
Et là, ça a été un électrochoc. Comme si quelque chose que j’avais toujours su revenait d’un coup.
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Il y a quelques années, j’avais créé un blog.
Un parmi d’autres, tous abandonnés quelque part.
Je l’avais appelé « 27 et demi ».
J’aimais ce mélange, auquel j’avais beaucoup réfléchi: chiffres et lettres, rigueur et liberté, quelque chose de structuré et en même temps un peu enfantin, comme si je jouais à être grande.
J’avais 27 ans (et demi, donc!).
Et je me disais déjà que cela faisait 10 ans que je voulais faire ça.
Je réalise aujourd’hui que ça en fait 20.
20 ans à vouloir faire quelque chose.
20 ans à commencer.
Et à arrêter.
Plus de la moitié de mon existence à rêver. À regretter.

J’ai eu toutes les bonnes raisons du monde.
L’envie de partager, sans vouloir être vue.
Le besoin de ne pas me sentir seule, tout en me demandant qui ça pourrait intéresser.
La frustration de ne pas être lue, sans faire quoi que ce soit pour l’être.
Et cette peur, toujours là: et si quelqu’un reconnaissait que c’était moi?
Qui étais-je, au fond, pour me penser intéressante?
Et puis je voulais tellement être « normale ».
Suivre les codes, les modèles existants.
Trouver mon domaine. Ma spécialisation.
Parce qu’être multiple, c’est être moyen.
Et il faut être la meilleure pour se démarquer et réussir, non ?
C’est ce que je croyais profondément, avant…
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Récemment, j’ai essayé de monter une vidéo de vacances.
Je ne me suis pas lancée sur quelque chose de très perfectionné…
Quelques photos, une musique, des transitions maladroites.
C’était… daté.
J’en ai ri. Avec tendresse, face à ma maladresse.
En la regardant, j’ai aussi réalisé la chose qui me fait écrire ces mots aujourd’hui.
Je me suis reconnue.
Ce que j’essayais de faire aujourd’hui, je le faisais déjà il y a vingt ans.
Paint, pour modifier des photos.
Windows Movie Maker, pour monter des vidéos.
Skyblog et autres plateformes que j’utilisais comme des journaux intimes.
Les forums, où j’essayais d’aider.
Des fragments de moi donnés, écrits, effacés, recommencés.
Avant que ce soit “normal” de partager, je le faisais déjà.
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De fil en aiguille, cela m’a aussi fait penser à toutes ces idées.
Celles que j’ai notées.
Celles que j’ai gardées, triées, développées.
Celles auxquelles je croyais.
Et que j’ai vues apparaître ailleurs.
Portées par d’autres, qui ont « juste » osé tenter.
Et des idées, j’en ai encore.
Beaucoup. Tout le temps.
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J’ai longtemps attendu d’être prête.
Prête à assumer mes envies autant que ma différence.
Prête à être vue et reconnaître le vouloir.
Prête à ne plus être simplement sage, raisonnable, discrète…
Je me suis souvent sentie à côté de ma vie.
Je ne comprenais pas pourquoi mes proches ne fonctionnaient pas comme moi, ou pourquoi je n’arrivais pas à lier des amitiés dans lesquelles je me sentais capable d’être moi.
J’ai tellement eu la sensation de porter un masque, que lorsque j’ai décidé de l’enlever, je ne savais pas ce qu’il y avait derrière.
Je ne savais plus qui j’étais, ce que je voulais, ce que j’aimais.
À jouer le caméléon, je n’avais plus de couleurs…
Trop sérieuse, trop tôt.
Trop consciente.
Trop en décalage.
Alors j’ai cherché… Beaucoup.
Chez des psy(chologues/chiatres), des coachs, des livres, des méthodes, des masterclass.
Name it, I did it.
Pas pour devenir quelqu’un d’autre, mais pour comprendre pourquoi je retenais autant, pourquoi je n’avais pas la force d’être tout simplement moi.
Aujourd’hui, je n’ai pas toutes les réponses.
Mais j’ai compris une chose: attendre d’être prête est une façon élégante de ne jamais commencer.

Alors oui, j’ai envie d’écrire « c’est fini ».
De dire que cette fois, c’est différent.
De me convaincre que je ne reviendrai pas en arrière.
Mais je me connais.
Je sais que je vais douter, hésiter.
Que je vais sûrement m’arrêter, reprendre, réécrire, effacer, recommencer, m’énerver, souffler, pleurer, rire, espérer.
Je sais que ce ne sera pas propre.
Pas linéaire.
Pas maîtrisé.
Et pour une fois, je ne vais pas essayer de corriger ça.
Je ne vais pas essayer de ralentir, ni de lisser.
J’aime le voir ailleurs, mais j’annonce que ce ne sera pas forcément esthétique, organisé, beau comme je l’aimerais.
Parce que ça met une pression incroyable.
Et que si je me mets cette pression, je me sabote dès le départ.
Je vais faire exactement l’inverse.
Je vais commencer comme ça vient.
En étant vraie.
Je vais livrer mes pensées, mes expériences, mes balades, mes points de vue.
Je ne me fixe pas de rythme.
Pas d’objectifs “éditoriaux”.
Le seul objectif qui compte, c’est de me sentir heureuse de partager ici.
Inspirée.
Et lucide face à la réalité d’un quotidien, sa fatigue, mon travail, mes enfants…
Je vous donne ce que je suis.
Avec mes contradictions, ma sincérité, mes humeurs, mes envies.
Et on verra bien.
J’allais oublier!
Vous vous demandez de quoi je vais parler ici?
Je ne peux pas vous le dire…Je ne le sais pas encore moi-même!
Si ça te parle…
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