Chercher du soleil un jour de pluie

J’ai une utilisation excessive d’Instagram 

Le combo algorithme + addiction fonctionne tristement bien sur moi (coucou les heures perdues!) et j’essaie de me soigner. Même s’il faut admettre que certaines découvertes qui en ressortent ne sont pas toujours négatives.

Une des tendances que j’ai vue apparaitre sur mon fil cet été était celle du Color Hunt. 

De base, j’aurais décrit quelque chose comme ça: « Prenez des groupes d’amis tout sourire et complices, ajoutez un centre d’intérêt commun, de la photo et une belle ville à découvrir, saupoudrez d’un joli montage, et vous obtiendrez la recette d’une partie de ma solitude! » 

L’envie de faire partie d’une tribu, de partager autant le moment que le résultat en ligne, de me sentir comprise, intégrée… Et puis ce décalage de me sentir assez seule, dans mon entourage, à aimer certaines choses… Tous les curseurs alignés pour réveiller une vieille sensation que je connais bien…

Ça aurait pu me déprimer.
Fut un temps, ça m’aurait déprimée. Mais ça, c’était avant!
La Delphine V.je-ne-sais-plus-combien.0 a décidé de faire les choses autrement.
Il fallait juste que l’occasion se présente pour que je n’aie plus vraiment d’excuse.

Ce moment est arrivé le mois dernier. 

J’étais en astreinte pour le travail, avec des contraintes de temps et distance, et je devais me rapprocher pour la journée afin de ne pas risquer de me louper si on m’appelait.
Ces journées n’arrivent plus souvent pour moi, mais je ne veux prendre aucun risque!

J’ai donc choisi de passer la journée à Colmar.
Ce n’est pas trop loin de chez moi, et pourtant je n’y vais pas si souvent.
Je me suis dit que ça pouvait être agréable de m’y balader, d’autant que la météo des jours précédents était douce et ensoleillée…

J’adore prendre des photos des villes dans lesquelles je me promène, alors je m’imaginais déjà ramener quelques jolies cartes postales à partager.

La première excitation passée, je me suis dit qu’il fallait quand même que je me fixe un petit objectif. Découvrir la ville oui, mais je savais aussi que j’en aurais vite fait le tour. 
Et que les cartes postales, aussi jolies soient-elles, sont souvent vues et revues.

C’est là que l’idée du Color Hunt m’est revenue. 

Lier le nécessaire à l’agréable.

Bien entendu, le jour où j’y vais est le seul où la météo, décide finalement de ne pas être de la partie. Ciel gris, pluie et vent jouent, eux, leur plus belle partition. Mais qu’à cela ne tienne: je ne me laisse pas décourager. 

Dans les posts Insta que j’avais vus, les amis préparaient en amont des papiers avec différentes couleurs avant de révéler leur joli carré Pantone.
Je ne suis pas instagrammeuse, alors je joue le jeu à ma manière… Je laisse le hasard informatique décider de la couleur pour moi. 

J’attendais le soleil et les oiseaux qui chantent, j’ai eu le jaune.
Je me dis que ça va être compliqué, mais que finalement le destin fait bien les choses: si j’arrive à relever mon auto-challenge, cela fera un joli pied de nez à la météo!

Au début, je cherche « juste » du jaune.

Passées une fleur et quelques maisons typiques, je sèche un peu… dans l’esprit, parce que les vêtements, eux, sont déjà bien trempés.
Mais la version actualisée que je suis n’abandonne plus. 

Alors je souffle, je ralentis, et progressivement, j’apprends surtout à regarder. 
Les vitrines, les étages, les recoins, les petites rues… 

Je marche moins vite et j’observe autrement.
Certaines prises sont faciles, des lumières, des devantures, des façades. 
Et certaines sont tellement improbables qu’elles semblent avoir été déposées là exprès pour moi.

Je pense notamment à cette petite silhouette jaune avec sa valise, presque trop parfaite pour être vraie.

Il y a une vraie satisfaction à ne plus simplement prendre une photo, mais à chercher le bon angle, la bonne lumière, la façon de la faire entrer dans le projet.

Plus de trois heures passent sans que je ne les sente.
Ni le froid, ni la solitude, ni les réseaux. Mon esprit est occupé à faire quelque chose qu’il aime, sans penser aux poids d’avant et d’après. 
Pendant trois heures, je n’ai rien à réussir. J’ai simplement quelque chose à chercher.

Presque un mois a passé avant que j’écrive ces lignes. Des mots que j’avais peur de poser…
Parce que je ne savais pas très bien comment raconter ce que cette journée m’avait apporté, sans lui donner plus de poids qu’elle n’en avait, ni moins qu’elle n’en méritait.  

Alors je vous laisse en être juges, non pas de ce que j’ai vécu ou ressenti, mais de ce que la lecture de ces mots provoque chez vous.

Ce que j’en garde, au-delà des photos évidemment, c’est qu’un moment n’a pas moins de valeur parce qu’il n’a pas été partagé à l’instant. 
Que faire quelque chose simplement pour le plaisir de le faire, sans chercher à le rendre utile ou productif, peut apporter une légèreté assez rare chez moi (ma psy serait TELLEMENT contente de lire ça ^^).
Et qu’en réfléchissant bien, j’ai des amies à qui proposer une sortie similaire. Mais je sais aussi maintenant que je peux recommencer seule.

Je crois que c’est surtout ça que je garde de cette journée: certaines envies n’ont peut-être pas besoin d’attendre de prendre exactement la forme que j’avais imaginée pour mériter d’être vécues!

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